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Habiter un logement classé A ou B ne vous épargnera pas forcément des fortes chaleurs: pourquoi le DPE s'avère encore inadapté aux canicules

Publié le 13/07/2026
Alors qu'une troisième canicule sévit en ce moment sur l'Hexagone, de nombreux habitants souffrent chez eux des fortes chaleurs. Y compris dans des logements neufs ou rénovés, pourtant les mieux classés sur le diagnostic de performance énergétique (DPE).

La canicule sévit et n'épargne pas les bâtiments neufs ou rénovés. Alors que les températures tutoient ce dimanche 12 juillet les 38 à 40°C dans une grande partie de l'Hexagone (et localement jusqu'à 42°C selon Météo France), la chaleur imprègne de nombreux bâtiments insuffisamment protégés. Y compris les logements censés être "performants" d'un point de vue thermique.

Son immeuble a pourtant été entièrement rénové par un promoteur il y a quelques années et bénéficie d'une étiquette B au diagnostic de performance énergétique (DPE), dont les notes vont de A, pour les bâtiments les plus performants, à G, pour les plus énergivores. En achetant un logement bien classé, pourtant sans volets extérieurs, Louis "ne s'attendait pas du tout à ces températures en été". Et il n'est pas le seul.

 

D'après une étude de la société de conseil Pouget Consultants et de l'Alliance des industriels des solutions électriques et numériques du bâtiment (Ignes), un tiers des logements classés A ou B au DPE ne sont pas suffisamment adaptés aux canicules, et donc considérés comme des "bouilloires thermiques". Cela s'explique aussi bien par leur exposition au soleil (les logements placés au sud et à l'ouest sont encore privilégiés) que par l'absence de volets (43% des logements n'en sont pas suffisamment dotés en France) ou encore par l'utilisation de certains matériaux isolants moins efficaces l'été.

Un "effet thermos" lié à certains matériaux et à l'isolation par l'intérieur

Certaines techniques d'isolation actuelles ont en effet tendance à créer "un effet thermos", selon les termes employés pas des habitants. Les "réglementations thermiques ont un ADN hiver et cherchent à garder la chaleur du chauffage en sur-isolant", relève Christophe Rodriguez, directeur de l'Institut français pour la performance du bâtiment (Ifpeb).

Certains matériaux ont une meilleure résistance thermique que d'autres. Par exemple, la laine de bois va retenir la chaleur deux fois plus longtemps que la laine de verre ou le polystyrène. L'isolation des murs par l'intérieur, elle, a tendance à "couper l'inertie des parois", c'est-à-dire la capacité des murs, des planchers ou des plafonds à faire tampon et à limiter les pics de températures à l'intérieur, explique Tom Sarrebourse, ingénieur chez Pouget Consultants.

Cette inertie vient de "la masse du mur", comme dans "les cathédrales où les murs sont tellement épais" que la température intérieure reste fraîche pendant des jours, explique Jean-Philippe Ndobo-Epoy, de l'association de professionnels de l'isolation Mur manteau. Cela explique aussi pourquoi de vieilles maisons aux murs épais en pierre, parfois mal notées au DPE, restent agréables à vivre en pleine canicule.

L'isolation reste toutefois une mesure primordiale pour protéger les logements de la chaleur extérieure. "Quand vous rénovez une passoire, vous êtes à un volet et un brasseur d'air de ne plus en faire une bouilloire", souligne Christophe Rodriguez.

Un DPE "très déséquilibré en faveur de la partie hivernale"

Mais alors, pourquoi certaines techniques, moins efficaces que d'autres l'été, sont-elles aujourd'hui privilégiées? D'abord, "il y a un très fort déséquilibre en faveur de la partie hivernale dans le mode de calcul du DPE", souligne Audrey Zermati, porte-parole d'Effy, une société spécialisée dans l'accompagnement de la rénovation énergétique. Les gestes renforçant l'efficacité hivernale et la faible consommation d'énergie vont donc jouer en faveur d'une bonne note, malgré leurs moins bons résultats l'été.

Le DPE est aujourd'hui le mètre étalon de l'efficacité énergétique d'un logement. Cette évaluation prend en compte la consommation d'énergie au mètre carré, ainsi que les gaz à effet de serre au mètre carré.

Mais il n'intègre que partiellement la notion de "confort d'été", à travers un indicateur aujourd'hui décorélé de la note finale. Cette mesure, représentée par un "smiley" (soit souriant, soit indifférent soit mécontent) regarde cinq paramètres, dont la présence de protections solaires aux fenêtres, l'existence de brasseurs d'air ou le caractère traversant du logement. Mais ces derniers n'ont pas d'impact sur la note finale du DPE.

"Les autres critères - logement traversant, brasseurs d'air, inertie du bâtiment - déterminent si l'indicateur ressort moyen ou bon", poursuit-il.

Cette méthodologie a le mérite d'être simple et justifiée selon Christophe Rodriguez, par le fait que "70% de la chaleur rentre par le rayonnement du soleil sur les fenêtres" et que "les habitants sous les toits avaient souffert pendant la canicule en 2003". L'indicateur est cependant moins visible que la lettre de DPE. La Fondation pour le logement (ex-Fondation Abbé Pierre) milite d'ailleurs pour rendre son affichage obligatoire sur chaque annonce immobilière.

Des projets neufs déposés juste avant la dernière réglementation environnementale

Un autre facteur d'explication concerne l'évolution des réglementations autour de la construction de bâtiments neufs. La nouvelle réglementation introduite en 2022 pour les habitations, la "RE 2020", fixe des objectifs autour du confort d'été à travers un indicateur de "degrés-heures d'inconfort" (DH) que les promoteurs sont tenus de respecter dans leurs projets.

Les bâtiments neufs sont censés respecter cet objectif en proposant des protections adaptées. Les promoteurs doivent le justifier dans deux dossiers, remis lors du dépôt de la demande de permis de construire, et à l'achèvement des travaux.

Or, de nombreux projets ont été déposés juste avant l'entrée en vigueur de ces obligations, fin 2020 et en 2021. Ces derniers, sortis récemment de terre, ne sont donc pas alignés à la dernière réglementation. Après 2022, le secteur de la construction a subi une crise de plein fouet, avec l'inflation sur les matériaux et la crise du marché immobilier.

Aujourd'hui, les solutions sont pour certaines complexes à mettre en œuvre, notamment dans les copropriétés (pour les volets ou encore les climatiseurs) ou dans les zones inscrites ou protégées.Ce sujet a notamment été soulevé au Sénat lors de l'examen du projet de loi sur le logement. La chambre haute avait adopté, en commission, un amendement proposant de transformer le régime d'avis des Architectes des bâtiments de France en "avis simple", donc consultatif, pour l'installation de protections solaires extérieures.

 

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